Qui a dit que la France du vin était incapable de s’ouvrir sur le ­Nouveau Monde ?

Grâce à l’obstination de quelques vignerons, la production de ce pays est tirée vers le haut. Démonstration lors de la dernière Foire internationale et gastronomique de Dijon.

Qui a dit que la France du vin était incapable de s’ouvrir sur le ­Nouveau Monde ? La Foire internationale et gastronomique de Dijon, une des toutes premières de France, qui en est à sa 83e édition, a invité durant quatre jours vingt-cinq propriétés de la ­province sud-africaine du Cap-Occidental, avec une centaine de crus présentés à la dégu­station et à la vente.

Qualifier l’Afrique du Sud de « Nouveau Monde » est d’ailleurs un peu ­rapide. Le pays produit et exporte du vin depuis 350 ans. Entre 1688 et 1691, 178 familles de huguenots français sont arrivées avec leurs cépages et leur savoir-faire et ont installé le vignoble, dont l’essentiel se concentre dans la région du Cap, la province du Cap-Occidental (Western Cape), à la croisée des influences de l’océan Atlantique et de l’océan Indien. Le cap de Bonne-Espérance, véritable réserve écologique, symbolise d’ailleurs ce double flux avec une bonne régulation thermique, jamais trop chaud en été ni trop froid en hiver.

Dès 1973, le pays met en place un système d’appellations d’origine (WO, Wine of Origin)avec une soixantaine de références. Un bon millier d’exploitations prennent leurs marques au côté d’un système coopératif puissant à défaut d’être toujours de qualité. Côté producteurs, une élite se met peu à peu en ­place, mais nettement plus tardivement que dans les autres pays du Nouveau Monde. L’apartheid, qui ne se termine qu’en 1994, a conduit à un embargo de la communauté internationale pendant un demi-siècle avec un échange inexistant entre les producteurs sud-africains et ceux des autres régions du monde. Par ailleurs, aujourd’hui encore, le pays et en particulier les coopératives privilégient la quantité au détriment de la qualité ; les deux tiers des vins produits sont commercialisés en vrac.

Les importantes maladies virales, qui imposent un arrachage des vignes tous les quinze à vingt ans, ne sont pas non plus étrangères à l’absence de grands domaines, qui tirent la qualité vers le haut. Mais l’action, depuis une trentaine d’années, de Michael ­Fridjhon, négociant et critique, finit par payer : il se dégage maintenant une élite de producteurs. Celui-ci a emmené à Dijon vingt-cinq d’entre eux, qui représentent sept des plus importantes routes des vins. Depuis plus de dix ans, la Bourgogne entretient un partenariat étroit avec la province du Cap-Occidental : « Cela fait des années que nous échangeons des stagiaires, à la satisfaction de tous », souligne Florence Zito, qui vient de sortir un beau livre, Afrique du Sud, détour au Cap-Occidental, avec le photographe Philippe Maupetit.

 

Publié par Le Figaro le Jeudi 7 Novembre 2013